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Seikichi UEHARA, 10º Dan, 12ª Génération

Okinawa 

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L'Histoire du Motobu Udundi

Le Motobu Udundi a été fondé par Sho Koshin Motobu Oji Chohei, sixième fils du roi Sho Hitsuo, dixième roi de Ryu Kyu de la deuxième dynastie du règne de la famille Sho.

Cet art s'est transmis de génération en génération au sein de la famille Motobu, la famille royale de Ryu Kyu. Udundi provient du mot "Udun", qui signifie "être en possession des statuts de la famille royale"-"Motobu Udun" veut donc dire "de la famille royale de Motobu"-et du mot "Ti" ou "Te", terme exprimant la main, et par extension le Bujutsu "I'art martial". Par conséquent, "Motubu Udundi" ou "Udun-Ti" signifie "le Bujutsu de la Maison Royale de Motobu".  

Sanset Beach. À droite: Tomita.Uehara

À genoux: B.Mimoun et Shimabukuro

On retrouve le Ti ou Te dans Kara-Te, qui, depuis le début de la période Showa, a été écrit en japonais avec des caractères qui signifient "vide" et "main", alors qu'à l’origine il était écrit avec des caractères (Kanji) différents pour "Kara", qui se traduisait par le terme "chinois", et qui exprimait le fait que le Karaté était un Bujutsu qui provenait de la Chine.  

Shury No Mon: tous les membres de Motobu Udundi .

Chosei Motobu est le quatrième par la droite .

B.Mimoun est le premier par la gauche.

En tant qu'art martial secret (Bujutsu) de la famille royale Ryu Kyu, le Motobu Udun Ti fut gardé au sein de la famille Motobu, et transmis de père en fils aîné. On dit que le premier-né de la famille commençait l'entraînement dès l'age de six ans et complétait sa formation lorsqu’il atteignait l'age initiatique de passage au monde adulte. Le secret était d'une telle nature que les frères moins âgés ne pouvaient même pas regarder les entraînements. C'est pourquoi l'existence de cet art, sans même faire allusion à ses aspects purement techniques, a été si peu connue du reste des mortels.

Quand Okinawa était encore le royaume Ryu Kyu, le Motobu Udun Ti était donc enseigné en secret à ceux qui appartenaient à la famille royale des Motobu. C'est le torrent d'événements historiques qui ont succédé la restauration Meiji qui m'a permis, même sans faire partie de la famille Motobu, de bénéficier de l'enseignement de cet art par Choyu Motobu, de la onzième génération des maîtres.

Les techniques spirituelles du Maître Choyu Motobu

Choyu Sensei disait toujours que les techniques du roi de Ryu Kyu, en d'autres termes, le Motobu Udundi, étaient une manifestation du divin. Moi même j'ai mainte fois affronté le Maître Choyu pendant l'entraînement, mais je ne suis jamais arrivé à le toucher, même pas lorsqu'il était âgé de soixante-dix ans. Il semblait vraiment posséder des dons divins. Je crois que s'il avait été attaqué par plusieurs combattants, il aurait pu les abattre sans leur produire des dommages importants. Malgré son adresse que d'ailleurs il masquait, il essayait toujours d'éviter les situations ou l’usage du Bujutsu pouvait devenir inévitable. "Tu dois pratiquer sans arrêt tout au long de ta vie pour approfondir l'essence du Bujutsu, mais rappelle-toi qu’il est préférable que tu orientes ta vie de façon à ne jamais devoir faire usage du Bujutsu que tu as appris". Choyu Sensei était certes un personnage remarquable, qui faisait toujours son possible pour résoudre en bons termes toute sorte de conflit.  

Il était une sorte d'expert martial pétri de vertu, qui maîtrisait ses adversaires sans les blesser et leur indiquait la voie à suivre pour se redresser. Pour parvenir à ce point, il est très important de perfectionner les techniques jusqu’à un niveau qui devra surpasser de beaucoup l´adresse de vos adversaires. Par conséquent il faut s'entraîner de façon stricte et constante, sans relâchement la pratique quotidienne. De même, pendant l'entraînement, il est essentiel de traiter le corps de notre adversaire comme s'il s’agissait du notre, et d'éviter dans la mesure du possible d'éventuelles blessures, juste pour exhiber notre puissance. Les pratiquants de Motobu Udundi doivent maintenir ces principes tout au long de l'entraînement et ne jamais les abandonner. Je pense que même aujourd'hui je peux pratiquer et me sentir en forme grâce aux enseignements de Choyu Sensei et que j'essaierai de les suivre tant que je pourrai me conserver aussi actif que maintenant.

Techniques caractéristiques du Motobu Udundi

Techniques contre plusieurs adversaires

Les techniques du Motobu Udundi ont été créées dans l'intention de combattre contre plusieurs adversaires. C'est la raison pour laquelle les techniques sont exécutées en déplacement. Les pratiquants ne doivent jamais arrêter de se déplacer, pas même un instant, jusqu'à ce que le dernier ennemi ait été éliminé et le conflit terminé. Le déplacement, donc est perçu en Motobu comme un aspect absolument prioritaire. Un seule technique. un seul coup. pour chacun des adversaires. Au cours d´un combat avec plusieurs adversaires. I'objectif est d'en attaquer un seul à chaque fois.  

Ainsi la réalisation de tout mouvement superflu pourrait être fatale lors d'un combat réel. Au Motobu Udundi nous n'exécutons pas de mouvements préparatoires avant la réalisation d'une technique, comme par exemple, baisser la hanche, porter le poing à la hanche pour gagner de la longueur dans la frappe. Nous n'adoptons non plus aucun type de posture (Kamae) devant l'adversaire. Lorsque nous bloquons ou que nous nous défendons d'une attaque, nous bougeons de façon continue dans des directions qui nous amènent aux "angles morts ¨dans les lignes d'attaque et de défense de notre adversaire et nous exécutons nos techniques en "Sen no Sen" pendant que nous mettons notre corps hors de portée de ses coups, de façon à ce que nos armes ne touchent jamais les leurs, en évitant ainsi qu'elles soient endommagées par le contact. En règle générale, les épées et autres armes avec tranchant sont utilisées par paires, la maîtrise des armes avec les deux mains étant en effet une caractéristique du Motobu Udundi.  

  

 

  Seikichi Uehara tori           Boulahfa Mimoun uke

 

Lors d'un combat contre plusieurs adversaires, il faut être très attentif à toutes les actions, ne pas cligner des yeux, de façon à contrôler chacun des mouvements de nos adversaires. Nous laissons le regard sur un point fixe et essayons de percevoir toutes les situations comme un ensemble.  

 Il est extrêmement important de garder notre pensée libre et de bouger dans un état de "non-pensée" et de détachement, mais il faut également pouvoir réagir ou contre-attaquer à tout moment, si jamais un de nos adversaires semble avoir l'intention de bouger.

De la main vide aux techniques avec armes et à la Danse Guerrière

L'entraînement du Motobu Udundi commence par les mouvements de base du Tai-Jutsu, les techniques à main nue, que ce soit des attaques de jambes ou de poings. Ces techniques de base sont utilisées pour l’entraînement du corps. Fondé sur ces principes, le pratiquant se dirige vers la maîtrise d'une vingtaine d'armes. L'essence et la clef de cette connaissance est l'entraînement à l'épée.À travers le perfectionnement du maniement de l’épée, le pratiquant acquiert des mouvements qui peuvent être appliqués aux autres armes. Une fois acquise la maîtrise de celles-ci, I'étudiant commence la phase la plus avancée de la défense sans armes: le "Tui-Ti".

Au début de la pratique du Tai Jutsu, l'étudiant apprend ce que l'on appelle les aspects "durs". techniques développées pour abattre l'adversaire d'un seul coup. Le propos du "Tui-Ti" est de développer et de maîtriser les principes de la "souplesse", qui permettent de contrôler l'adversaire sans lui produire un dommage excessif.  

Hamachidori Dance.

Nakagusuku Castle

Le perfectionnement des techniques du "Tui-Ti" rend possible la défense contre n'importe quel adversaire qui porte toute sorte d'armes. La façon de saisir la main d'un adversaire, et de la manipuler suivant les techniques du "Tui-Ti" est très similaire

 aux mouvements utilisés dans le travail d'arme du Motobu Udundi. C'est la raison pour laquelle il est si difficile de maîtriser le "Tui-Ti" sans avoir reçu auparavant un apprentissage de l'utilisation des armes. De même les techniques du "Tui-Ti" sont très impossibles à acquérir si notre corps est rigide, car les points de force du corps doivent rester relâchés.

Les pratiquants du Motobu Udundi travaille leur corps dans une première phase. en pratiquant des techniques d'un style dur.

Cet entraînement utilisé comme base permet aussi de commencer à apprendre comment utiliser Ies mouvements souples pour contrôler notre adversaire. Car les mouvements ne deviennent durs qu'au moment du contact ou de l'application. Ce qui doit vous indiquer clairement que les mouvements durs, les techniques puissantes, ne peuvent jamais, même dans cette première phase, être considérées de façon isolée. La souplesse et la dureté s'unissent dans tous Ies mouvements, dans toutes les techniques.  

Droit.B.Mimoun.Uehara Seikichi.Moromi Zato Amuro.Sugio.Hideko.Kamiunten.Shimabukuro

Pour obtenir une adresse réelle, il est nécessaire de suivre une méthode d'entraînement correcte. L'étudiant doit, en premier lieu, perfectionner les mouvements de base moyennant la pratique du Tai Jutsu, qui comprend les coups de pied et les coups de poing, et la pratique d'une méthode d'entraînement Motobu Udundi, pour consolider et renforcer les mouvements et Ies gestes par une base physique solide. Une fois compris ces principes, nous pourrons créer des milliers de techniques différentes. Par contre, si nous ne suivons pas cette démarche simple, le pratiquant se verra d'emblée frustré de la possibilité d'atteindre l'essence profonde des enseignements "Okugi" du Motobu Udundi.

La pratique continue et la construction d’un répertoire de techniques fondées sur la dureté et la souplesse nous mèneront au sommet des techniques des arts martiaux appelé "Mai" ou danse. La maîtrise d'une série de mouvements, dont l'objectif est de répondre souplement et avec une grande efficacité à n'importe quelle action de notre adversaire. C'est le couronnement du Muidi' la danse martiale. 'Muidi" est la phase la plus élevée du Motobu Udundi. Quand je décris le "Muidi' comme une danse, je ne parle pas d'introduire des mouvements du Motobu dans des Katas et de danser tout simplement au son de la musique. "Muidi" est quelque chose de bien différent.  Souvent, pour perfectionner les aspects profonds du Motobu Udundi, tels que le "Tui-Ti' et les techniques du sabre, le corps doit acquérir une souplesse très fines dans les mouvements fluides qui surgissent sans excitation du corps et de l'esprit.

Arrivés à ce point, le "Gukui", ou principe du "TuiTi", et l'utilisation de plusieurs armes sont liés a ce principe de souplesse, et donnent lieu aux mouvements du "Muidi", une espèce de danse de guerre. Lorsque le pratiquant a éliminé tout mouvement "brusque" et tout déplacement superflu, quand il a atteint le sommet dans l'exécution des mouvements martiaux, sans que cela soit le but recherché, I'ensemble devient gracieux et élégant. Le "Muidi" doit apparaître à lui comme quelque chose de plus profond qu'une simple danse. Le pouvoir terrifiant est caché à l'intérieur de chacun de ses mouvements souples, à l'intérieur de cette légèreté... que les gens mal informés considéreront comme inefficace.

L'Esprit du Motobu Udundi

Ii y a certaines matières que les pratiquants de Bujutsu doivent maintenir au premier plan de leur esprit. Comme "Bujutsu des chevaliers et de la Maison Royale", le Motobu Udundi fournit un certain nombre d'avertissements. Je vais en citer quelques uns, tels que mon Maître me les indiquait, et tout d'abord celui-ci:

"Ne te fais point d'ennemis par ta propre volonté. Gagner d'un coté, c'est perdre de l'autre, si la droite est vainqueur, il faut bien que la gauche soit vaincue."

Un Bujin, un guerrier, doit éviter à priori les conflits, moyennant tous les efforts possibles de sa part, éviter de se créer de nouveaux ennemis. C'est pour cette raison que mon maître m'a appris à rester prudent, aussi bien en ce qui concerne la parole que les actions, lors des combats d'entraînement et les mi-jeux tels que la lutte libre. On doit conserver un caractère prudent en laissant perdre la gauche pour que la victoire soit pour la droite, laisser notre adversaire conserver son prestige est une façon efficace d'éviter des conflits superflus. Tu ne dois jamais chercher des adversaires dans le seul but de montrer vainement ton adresse et ta force.

D'autre part, le Motobu Udundi conseille de ne pas blesser l'adversaire quelles que soient les circonstances. Ceci est évident lors de l'entraînement, mais même dans le cas d´un affrontement réel, il faudra éviter de blesser l'ennemi. Non seulement c'est très désagréable pour l'autre, mais ceci rend plus puissante son amertume, et sa rancune se prolonge de façon parallèle à la blessure subie dans le conflt. En blessant notre adversaire nous risquons de créer d'innombrables conflits futurs.

Un bon expert martial contrôle son adversaire en devinant l'attaque de l'adversaire sans provoquer de gestes irrémédiables et en l´invitant à la paix et au redressement. Le Sensei disait: <<fais attention à l'application de tes talents, essaie de contrôler la situation sans que celle-ci puisse entraîner de nouveaux conflits". Arrivé à ce point, il est essentiel de perfectionner les techniques jusqu'à ce qu'elles surpassent de beaucoup l´adresse des adversaires. Il faut s´entraîner de façon stricte et constante, sans relâchement dans la pratique quotidienne.  

Pendant un Cour Extraordinaire a la Universit'e  de Salamanca 1996

              

Le Bujutsu ne doit jamais être utilisé au détriment de notre propre famille. Le guerrier doit contribuer à l'édification de la société et doit tenir également son rôle auprès de sa famille. Pour mener ses entraînements de façon ordonnée, il faut absolument assurer les besoins du noyau familial. Il est important de faire attention à la santé et de maintenir la paix au sein du groupe.

Le Sensei affirmait qu'en premier lieu il faut nous assurer un emploi et prendre en charge notre famille, pour ensuite pouvoir fonder nos entraînements sur cette base. Partant du fait que le principe essentiel du Bujutsu est la protection de ta vie et de celle des membres de ta famille, tout cela manquerait de sens si nous appliquions le Bujutsu sans tenir compte de celle-ci. Aussi faut-il suivre un autre type d'activité à côté de nos entraînement.

Nous préparer pour la réalité implique que lorsque nous voudrons faire usage du Bujutsu... il faudra toujours considérer que sûrement deux tombeaux seront nécessaires.

L'un pour notre adversaire, I'autre pour nous-mêmes. L'objectif du Bujutsu est bien celui de protéger notre personne mais aussi notre famille, et nous devrons alors combattre avec notre adversaire jusqu'à la mort. Par conséquent nous devrons nous préparer pour celle-ci. D'ailleurs, si nous restons vivants et que nous enterrons notre adversaire, il est possible que les fils et les amis de celui-ci nous défient à nouveau. Le Sensei disait "N'oublie jamais lorsque tu utilises le Bujutsu, que deux tombeaux attendent patiemment... " et c'est la raison pour laquelle il conseillait de ne jamais utiliser le Bujutsu, que ce soit violemment ou légèrement.

Même en maîtrisant parfaitement cet art, il vaut mieux ne jamais avoir à l'utiliser au cours de notre vie.

Le pratiquant de MotoLu Udundi ne doit jamais abandonner et maintenir son niveau technique et sa vigilance tout au long de son entraînement. Il doit toujours prendre garde et essayer d'éviter de gêner les autres en utilisant des gestes ou des mots mal choisis. Rappelons aussi l´importance pendant l'entraînement, de traiter le corps de l'adversaire comme si c´était le notre.

L'Entraînement Motobu Udundi

Ma période d'entraînement

Depuis l´age de douze ans et jusqu'à mes vingt ans environ, je ne pratiquais qu'avec Choyu Sensei. Notre entraînement avait lieu trois fois par jour, le matin, l’après-midi et le soir. Il était extrêmement fatigant. Choyu Sensei, non seulement m'a appris les techniques du Bujutsu, mais aussi les liens des gestes purement martiaux avec ceux de la vie quotidienne, tels que la façon de nouer un foulard ou la simple action de manger. Je ne puis vous décrire tout ce qui m'a été enseigné, mais j'essaierai de citer les aspects parmi les plus importants. 

Le déplacement

J'ai très vite appris à me déplacer vers l'avant et vers l'arrière sur l'avant du pied, en maintenant le poids du corps sur la base des orteils et en conservant les genoux tendus. Je devais marcher en élevant la poitrine et en étirant mon corps comme un bâton, le Hara ou l'abdomen comme centre autour duquel je devais bouger mon corps. Je fixais des pièces de bois derrière mes genoux que j'attachais avec des bouts de tissu pour prendre l'habitude de marcher avec les jambes complètement tendues.

Pratiquer le coup de poing

J'ai commencé à étudier ce coup à l'estomac sur mon maître, avec le poing en position Seiken (fermé). Frapper le Makiwara (piquet en bois avec du cuir ou des cordes sur la partie supérieure) n'était pas permis, car le fait de frapper des êtres non vivants ne prépare pas pour combattre avec des personnes en mouvement. Lors du combat nous utilisions Nukite (coup avec la pointe des doigts). Le Nukite du Motobu Udundi utilise le pouce étiré et parallèle au reste des doigts, ce qui le distingue des autres systèmes, qui le replient. Je pratiquais mon Nukite en frappant le sable de la plage du bout des doigts. Un exercice très difficile: casser une planche en bois de cèdre d'une épaisseur de trois centimètres.

Pratiquer le coup de pied

Pour pratiquer le coup de pied, j'attachais un bout de tissu à une tige de bambou à la hauteur de visage et je m'entraînais à toucher le tissu avec la jambe étirée, un coup propre au Motobu Udundi. Ce coup de pied est exécuté avec les deux jambes allongées, aussi bien celle qui frappe que celle qui conserve l'équilibre, en maintenant celle-ci sur la pointe des doigts de pied lorsque nous allongeons la jambe qui frappe, et sur le talon lorsque nous descendons la jambe.

Ensuite, le pas suivant consistait à apprendre à pratiquer le coup de pied avec les jambes allongées et en maintenant les bras tendus parallèles au sol, en soutenant des deux mains des cailloux suspendus dans des chiffons. Si mon corps se balançait quand j'exécutais le coup de pied les cailloux se balançaient aussi et me frappaient les jambes.

C'est ainsi que j'ai appris à maintenir mon corps droit et stable pendant les coups de pied. J'ai commencé avec des cailloux de 600 grammes, poids que j'ai progressivement augmenté jusqu’a 1800 grammes. Plus tard, j'ai appris à donner des coups de pied en frappant en biais vers mon épaule opposée et en arrivant même à casser une planche placée dans cette direction. Ensuite j'ai appris à casser des planches situées juste derrière ma tête.

Je pratiquais également des coups de pied sautés en essayant de casser de petites branches d'arbres, et je sautais des murs de pierre ou de toute autre position élevée, en donnant un coup de pied et en frappant des deux mains simultanément pendant l'envol et en répétant rapidement l´opération dès que je touchais le sol.  

Droit FumikoKamiunten.Seikichi Uhara. Emma Gonzalez.B.Mimoun

 Entraînement au Saut

Je pratiquais le saut couché sur le dos, sans plier les genoux, en n'utilisant que mes chevilles comme ressorts. J'ai commencé à l'age de douze ans et à dix-sept ans j'étais capable de sauter par dessus un mur en pierre situé à la hauteur de mon bras levé, rien qu´avec la seule puissance de mes chevilles et une main en soutien.

Entraînement à la perche

Dans le but de pouvoir m'échapper entourés d'ennemis, je m'entraînais avec un bâton en bambou, que j'utilisais pour sauter d'un mur en pierre à un autre, et du haut d'un toit à d'autres points également élevés.

Entraînement d'hiver au bord de la mer

Depuis l'age de dix-huit ans, et une fois tous les trois jours, pendant les mois d'hiver, le Sensei et moi nous nous placions l'un en face de l´autre, (lui face a la plage, moi face à la mer), debout, avec de l'eau à hauteur de la nuque, un pantalon court comme seul habit, et nous chantions alors à plein poumon.

Pratique avec les jarres en terre cuite

Je pratiquais avec des jarres en terre cuite (pas en verre) en introduisant nos doigts à l'intérieur et en les étirant vers l'extérieur pour essayer de maintenir le récipient comme un gant, en supportant son poids sans qu'il m'échappe. Chacune des jarres avait une hauteur de trente centimètres et une ouverture de quinze centimètre de diamètre Chaque fois je me sentais plus fort et j'ajoutais du sable pour augmenter leur poids.  

Je les utilisais aussi comme support en appuyant la nuque et les chevilles, tout en maintenant mon corps droit et rigide comme un planche, en gardant les bras parallèle au corps et les jarres formant une sort de pont. Plus tard, je pratiquais cette position tandis que le Sensei frappait et poussait mon abdomen. Quelque temps après j'arrivais à maintenir mon corps sans fléchir même lorsqu´il montait sur mon estomac et qu’il se balançait dessus.

La chasse aux oiseaux

Je pratiquais la chasse aux oiseaux ave une branche en bambou très légère avec un boule de pâte de riz très collante sur l’une des extrémités. Lorsque l'oiseau voulait s'envoler, je touchais ses pattes avec la colle de riz de façon à le capturer sans lui faire du mal ou le blesser. L'objet essentiel de cet en traînement était le contrôle du pouls et la perception du rythme respiratoire (Kokyu) de l'adversaire et de ses temps de réaction.

Entraînement équestre

Ce que j'appris en premier tut comment monter à cru et comment monter un cheval au trot. Ensuite je suis monté avec des armes différentes telles que l'épée longue (Tachi), la lance (Yari), la lance-sabre (Naginata).

Entraînement au combat

Il était rapidement devenu essentiel que je conçoive mes études des arts martiaux en évitant dans la mesure du possible les combats avec des gens qui ne voulaient que démontrer leur adresse. Si l'on savait que j'étais pratiquant de Bujutsu, je serais sûrement défié en 'Kakedameshi", c'est à dire combattre pour mesurer les niveaux respectifs d'adresse. C'était un moyen à l'époque d'acquérir une plus large expérience dans le domaine du combat. Ceci me rappelle que beaucoup de jeunes gens laissèrent leurs vies sur le chemin de ce type de rencontres "Kakedameshi"... Choyu Sensei étaient contre ce genre de combats, qu'il interdisait tout naturellement.

Quelquefois j'assumais les fonctions de "sparring-partner"pour d'autres pratiquants qui venaient apprendre avec le maître, ou lorsque j'accompagnais le Sensei visiter d'autres "Shihan".

Il y avait une pratique amicale à l'époque: les gens socialement élevés se tachaient les mains de cette cendre noire que les casseroles laissent dans leur partie inférieure, tandis que les moins favorisés les tachaient avec de la farine blanche. On pouvait décider qui serait le vainqueur en fonction de la position et du nombre de tâches que chacun des combattants avait placé sur le corps de l'autre. Les combattants de bas rang utilisaient des couleurs claires car il était incorrect de tacher de couleurs très apparentes le corps des vétérans.

Apprendre les connaissances et la dextérité du guerrier

Dans la pratique quotidienne, Choyu Sensei m'a appris l'étiquette et d'autre choses que je devais savoir pour parvenir à la maîtrise du Motobu Udundi. Il m'a appris tellement de choses... I'attitude correcte lors des entraînements, les connaissances et les techniques devant être utilisées aussi bien dans le champ de bataille qu'au cours de la vie quotidienne...

La première chose qu'il m'a appris a été la purification de mon corps et le nettoyage de mes vêtements avant tout entraînement.

Les arts martiaux impliquent toujours un certain degré de risque, et, si par un malheureux hasard et par erreur, tu meurs pendant un entraînement, tu dois être le plus correct possible, en évitant des situations "indiscrètes" et une figure désagréable.

A l'âge de dix-huit ans j'ai appris les façons correctes à adopter par le guerrier pour entrer ou sortir des chambres, ainsi que la façon de se tenir dans les maisons. J'ai également appris à utiliser les objets ordinaires comme des armes pour répondre à n'importe quelle attaque inattendue. Les objets les plus usuels tels que les baguettes (pour manger), les pipes pour fumer et les balais du jardin entre autres, peuvent devenir des armes redoutables. Concernant le régime alimentaire, j'ai également été instruit. Par exemple, je devais inclure dans mon régime quotidien des bouillies de riz, des "Nigana" (sorte de salade) et le pissenlit comme herbe médicinale.

J'ai aussi appris comment me préparer pour la bataille, dans ma condition de soldat. Que ce fusse la façon de nouer le foulard sur la tête, I'alimentation, qui devait ne comporter que des gâteaux de riz (Mochi) et des pâtes. J'ai appris à préparer des "Metsubushi" (poudre que l'on jetait aux yeux de l'adversaire pour l'aveugler ou le distraire momentanément), à construire des armes, à aiguiser et à réparer des épées abîmées, à nouer une corde à la poigné de l'épée, et des milliers d'autres choses. Plus tard, j'ai appris à m'orienter d'après la lune, le soleil et la direction du vent. Comment profiter de la topographie du champ de bataille. Les techniques de bataille à cheval et comment monter à cru lorsqu'on est poursuivi par plusieurs ennemis. J'ai appris aussi bien d'autres choses concernant les techniques de survie, qui m'ont servi tout au long de ma vie.  

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